En 2008, les lobbyistes ont consigné 3 286 communications auprès de représentants fédéraux. En 2024, ce nombre atteignait 35 055. Le lobbying à Ottawa n'a pas simplement augmenté. Il s'est transformé.
Sur 18 ans, le registre fédéral du lobbying révèle un glissement progressif dans les sujets que les intérêts organisés portent à Ottawa. L'environnement et le climat ont déplacé l'industrie et le commerce en tête de l'ordre du jour. De nouvelles catégories comme le logement ont émergé ces dernières années. Et la profession elle-même s'est consolidée : deux tiers des enregistrements passent désormais par des lobbyistes-conseils.
Nous avons analysé 356 587 communications déclarées au Commissariat au lobbying, réparties selon l'année, l'organisation, le sujet et le type d'enregistrement.
La croissance n'a pas été graduelle. En 2008, seulement 3 286 communications étaient consignées. Entre 2009 et 2014, le volume a oscillé entre 9 000 et 13 000 par année, avec une baisse en 2015 alors que le gouvernement Harper tirait à sa fin. Puis est arrivé 2016 : la première année complète sous le gouvernement Trudeau, et le registre a enregistré 22 423 communications, soit plus du double de l'année précédente.
Le bond s'est avéré durable. Le volume s'est stabilisé autour de 23 000 jusqu'en 2018, a légèrement fléchi en 2019, puis a de nouveau bondi en 2020 alors que les dépenses liées à la pandémie attiraient l'activité de lobbying dans tous les secteurs. En 2024, le total atteignait 35 055, soit une multiplication par dix par rapport aux premiers relevés.
8 131 organisations distinctes ont consigné au moins une communication. Mais l'accès est concentré. Les 10 premières organisations totalisent à elles seules plus de 20 000 communications. L'Association minière du Canada arrive en tête avec 2 659.
Les organisations ayant l'accès le plus soutenu ne sont pas des entreprises individuelles. Ce sont des coalitions sectorielles : l'Association minière (2 659 communications), la Fédération canadienne des municipalités (2 179), le CIJA (2 123), Universités Canada (2 106), l'Association canadienne des producteurs pétroliers (2 104).
La tendance se confirme dans le classement des 15 premières. Les associations commerciales et coalitions sectorielles dominent. Les entreprises individuelles apparaissent plus bas, avec le CN (1 781) et TELUS (1 672) comme exceptions. Les groupes environnementaux, les syndicats et les organismes d'intérêt public se classent plus loin.
Les coalitions sectorielles dominent l'accès. Parmi les 15 organisations les plus actives par nombre de communications, 13 sont des associations ou fédérations sectorielles. Seuls le CN et TELUS figurent comme entreprises individuelles.
Le changement le plus révélateur concerne l'ordre du jour des lobbyistes eux-mêmes. Au cours de la période initiale (2008-2012), les principales catégories étaient l'industrie (5 991 communications), l'environnement (5 115), la santé (5 039) et l'énergie (4 934). La catégorie fourre-tout « Autre » était en réalité la plus importante, avec 8 032.
Au cours de la période récente (2021-2025), le paysage est entièrement différent. L'environnement domine avec 19 965. Le développement économique a bondi au deuxième rang avec 18 662. Le climat, une catégorie qui existait à peine dans les données initiales, compte désormais 10 446 communications. Le logement est apparu avec 3 672, reflétant la importance politique de la crise de l'accessibilité.
L'industrie est passée de la première à la troisième place. Le commerce a complètement quitté le palmarès des 10 premiers. Le registre du lobbying, en ce sens, est un miroir : il reflète non seulement qui fait du lobbying, mais ce qui préoccupe le pays.
Le climat est entré dans la course vers 2016 et a atteint 10 446 communications cumulatives en 2025. Le logement est apparu encore plus tard, mais a enregistré 3 672 communications en seulement quelques années, un signal de importance politique rapide.
La croissance du volume s'est accompagnée d'une professionnalisation du secteur. Le registre fédéral distingue trois types d'enregistrements : les lobbyistes-conseils (firmes embauchées), les lobbyistes internes (employés d'entreprises) et les lobbyistes organisationnels (personnel d'organismes à but non lucratif et d'associations).
Les consultants ont dominé tout au long de la période. En 2009, les enregistrements de consultants s'élevaient à 3 842, contre 509 internes et 790 organisationnels. En 2024, ces chiffres avaient atteint 10 152 consultants, 1 764 internes et 2 625 organisationnels. La part des consultants s'est généralement maintenue entre 58 % et 70 %, mais en chiffres absolus, le total a franchi les 10 000 enregistrements en 2024 seulement.
La tendance traduit un changement structurel. Les organisations qui cherchent à influencer les politiques fédérales font désormais davantage appel à des intermédiaires spécialisés qu'à leurs propres représentants.
Le registre du lobbying offre une lecture différente des priorités fédérales. Le glissement de l'industrie vers l'environnement, l'apparition du climat et du logement comme catégories à part entière, la multiplication par dix du volume, le recours croissant aux lobbyistes-conseils : autant de signaux des préoccupations que les groupes d'intérêts portent à Ottawa.
Ces données ne sont pas cachées. Le Commissariat au lobbying publie chaque communication, chaque enregistrement. Mais leur volume rend les tendances difficiles à repérer sans analyse systématique. C'est ce que nous avons fait avec 356 587 enregistrements couvrant 18 ans.
Toutes les données proviennent de sources publiques du Commissariat au lobbying du Canada. Vous pouvez reproduire cette analyse en utilisant l'API PolitiData (forfait gratuit : 100 requêtes/jour, sans carte de crédit).
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