En 2010, le registre fédéral du lobbying comptait une centaine de communications portant explicitement sur le climat. En 2022, il en comptait 3 900. Ce n'est pas une tendance graduelle. C'est une rupture.
Les 359 000 communications consignées dans PolitiData ne révèlent pas qui a gagné le débat sur la politique climatique au Canada. Elles révèlent qui s'est battu, quand, et pour quoi. Le registre est un baromètre : il mesure la pression, pas la température.
La bascule est nette dans les données. Entre 2010 et 2015, les communications étiquetées « Climat » oscillaient entre 100 et 300 par année. La signature de l'Accord de Paris en décembre 2015 et sa ratification par le Canada en octobre 2016 ont produit un effet immédiat : 900 communications en 2016. Puis 1 500 en 2018, l'année précédant l'entrée en vigueur de la taxe sur le carbone. Le pic arrive en 2022 avec 3 900 communications, dans le sillage du Règlement sur les combustibles propres.
Chaque étape législative a produit une vague de mobilisation dans le registre. La politique climatique a créé des gagnants et des perdants potentiels. Les deux ont envoyé des lobbyistes. Seul 2021 fait exception : malgré la tenue de la COP26 à Glasgow en novembre, les communications ont reculé à 1 600, un creux qui correspond à l'année électorale fédérale, période où l'activité de lobbying auprès de la fonction publique ralentit typiquement en campagne.
3 900 communications sur le climat en 2022, contre 100 en 2010. Chaque étape législative fédérale a produit un pic d'activité dans le registre du lobbying. L'Accord de Paris n'a pas seulement changé la politique : il a redéfini qui avait intérêt à se faire entendre.
Mais « Climat » n'est qu'une des étiquettes du registre. Quand on additionne les catégories Environnement (43 000 communications), Énergie (33 000) et Climat (15 200), ce bloc représente près de 91 000 communications, soit le premier thème de lobbying fédéral devant la Santé (41 000), l'Industrie (40 000) et les Finances (25 000).
Ce n'était pas le cas avant 2016. L'énergie et l'environnement existaient comme catégories, mais le climat était marginal. Sa montée en puissance a redistribué l'ordre des priorités de l'ensemble du registre.
Le registre ne distingue pas les alliés des adversaires d'une politique. L'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) figure parmi les organisations les plus actives sur toute la période. Mais aussi des syndicats, des universités et des groupes d'intérêt public. La taxe carbone a mobilisé les deux côtés simultanément.
Parmi les 15 organisations les plus actives toutes catégories confondues, on trouve Rio Tinto Canada et l'ACPP aux côtés du Congrès du travail du Canada, de la Fédération canadienne des municipalités et de la Fondation des maladies du coeur. Le registre ne prend pas parti. Il consigne.
La taxe carbone a mobilisé les deux côtés. Producteurs pétroliers et groupes syndicaux figurent dans le même registre, pour la même période, avec des positions opposées. Le registre ne tranche pas : il documente l'intensité de la bataille.
Le gouvernement Carney a aboli la taxe carbone sur les particuliers en avril 2025, tout en maintenant certains mécanismes climatiques destinés aux entreprises. Les données 2024 montrent environ 2 500 communications sur le climat, un niveau comparable à 2020, avant le pic. C'est une baisse par rapport au sommet de 2022, mais bien au-dessus des niveaux d'avant 2016. Même en 2021, année de la COP26, le registre avait enregistré un recul à 1 600 communications, reflet du ralentissement typique des années électorales.
Le registre sera le premier indicateur visible du recalibrage à venir. Si les nouvelles mesures climatiques ou leur absence créent de nouveaux gagnants et perdants, les lobbyistes le consigneront avant que les sondages ou les éditoriaux en rendent compte.
Le registre du lobbying ne dit pas qui a raison sur le climat. Il dit qui juge que l'enjeu vaut le prix d'un lobbyiste professionnel. Sur ce critère, le nombre de communications consacrées au climat a été multiplié par près de 40 en douze ans.
L'Accord de Paris a fixé un cadre. La taxe carbone a créé des intérêts organisés des deux côtés. Le Règlement sur les combustibles propres a ajouté une couche supplémentaire. Et l'abolition de la taxe sur les particuliers en 2025 n'a pas mis fin à la bataille : elle en a simplement modifié le terrain.
Toutes les données proviennent du Commissariat au lobbying du Canada. Vous pouvez reproduire cette analyse avec l'API PolitiData (forfait gratuit : 100 requêtes/jour, sans carte de crédit).
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